Stéphan Fernandez

Toulon, Fr

« Pour construire il faut déconstruire »
Rechercher la beauté dans un processus de destruction, l’esthétisme du délabrement, la mise en valeur de la décomposition, sont les leitmotivs du processus de création.
Plongé pendant des années dans l’univers du bâtiment et de la rénovation de murs (pared) anciens, il était vital de sortir du quotidien et d’élever la pratique pour qu’elle côtoie l’imaginaire.

« La beauté tragique d’une saignée dans un mur »
Probablement le point de départ de l’aventure. Comment une action, à vocation pratique, peut subitement entraîner le regard vers une analyse esthétique. Les chantiers, les vieux bâtiments, les murs malmenés peuvent laisser éclater des merveilles pour celui qui veut regarder.

« Le chaos qui ressort d’un mur détruit et une géométrie unique qui émerge ».
Un caractère sculptural et unique apparait et s’associe à de nouvelles perspectives. Déconstruire, c’est favoriser l’émergence de nouvelles formes singulières. Le sujet n’est pas central dans l’élaboration mais il peut par la suite s’imposer.

« L’émergence d’une couleur unique, sous-jacente, suite à un effritement ou une infiltration ».
L’incident est source de création et guide la construction. Il n’est pas rare qu’apparaissent des signes du passé, messagers du temps, témoins de vies antérieures. En cela, le temps est fondamental dans la démarche de création.

« L’artiste est l’ennemi du spécialiste »
Lisseuses, spatules, colle, décolleuses, rainureuse, défonceuse, ponceuse, outils et produits de construction sont utilisés exclusivement. Il convient de s’attacher à faire différemment dans une quête de nouveauté.

« L’équilibre de l’œuvre s’établit au travers de la mécanique de construction et de déconstruction. »
Tout comme dans l’artisanat du bâtiment, la phase de préparation est capitale. C’est le moment de la construction et de l’harmonisation des formes et des couleurs. La recherche de l’accident y est permanente. Il convient de créer, d’imaginer et d’anticiper la suite.

« Le chaos contrôlé » concept issu des théories du déconstructivisme, Jacques Derrida, dont le travail consiste en une lecture de la fin vers l’origine. La démolition de l’œuvre qui suit sa construction la singularise définitivement. C’est une forme de mise en péril sous contrôle de l’œil et de l’émotion, une action non pas négative mais productive.
“la trace”
Illustrant le jeu de “la différAnce”, la trace n’est ni l’absence ni la présence. Elle n’est pas une présence mais le simulacre d’une présence qui se disloque, se déplace, se renvoie, n’a proprement pas lieu.

Einstürzende Neubauten,
Groupe de musique berlinois imprégné du mur, attaché à créer de la musique à partir d’instruments industriels, animé par la volonté de se défaire des archétypes musicaux voire des instruments traditionnels, est une source d’inspiration et hante entre autres musicalement les murs de l’atelier.

Antoni Tapies,
Illustre peintre catalan, lui aussi adepte des «matériaux pauvres » et fasciné par le mur, qualifiait ses œuvres de « champs de batailles où les blessures se multiplient à l’infini. » La saignée, le grattage, la déchirure s’expriment et deviennent signifiants. Le geste aussi devient sujet de l’œuvre.

« Un livre est un regret, mais au moins est-il délesté de celui de ne pas l’avoir écrit" ». Dominique A “Y revenir”
Cette métaphore traduit avec force le ressenti de l’artiste face à une œuvre terminée. La phase d’attachement n’est pas immédiate. L’œuvre sera acceptée avec le temps…